Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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27 juin 2008

La mémoire d'Adrien

Voici un petit texte extrapolé à partir des documents laissés par Adrien Perrier, soldat au 36e régiment d'infanterie, et des souvenirs transmis par ses enfants et rassemblés par Marie-France Fournier et Sébastien Cliville, arrière-petit-fils d'Adrien. Merci à eux.

11 janvier 1915 - "Atout à pique" ! Dans les tranchées de première ligne du bois de Beaumarais, le soldat Adrien Perrier regarde les hommes jouer aux cartes sous leur toile de tente. Cela fait deux heures qu'ils trompent leur ennui, les pieds dans l'eau, dans leur gourbi et enchaînent les parties de manille. Certains lisent, d'autres dorment. Adrien, pour sa part, préfère rester à l'écart et griffonner des petits dessins sur des écorces argentées de bouleaux au format carte postale (ci-contre, en médaillon Adrien Perrier), comme il avait appris enfant. Ces esquisses, il les envoie à ses filles - Yvonne, 7 ans, Odette, 5 ans, Fernande, 4 ans, et Denise, huit mois, trop petite évidemment pour se rendre compte.
Déjà quatre semaines que son régiment stationne dans les bois de Beaumarais. La guerre est loin : au nord, vers Ypres, Dixmude, à l'est, en Champagne. Adrien y a échappé jusqu'à présent. Et pourtant, que de bouleversements pour lui, simple employé d'octroi ! Une fois laissée sa famille à Lisieux, dans l'interminable rue du Grand-Jardin, il s'était présenté le onzième jour de la mobilisation comme l'y engageait son livret militaire, à la caserne Delaunay. Et les jours interminables, lourds de menaces et d'espoirs absurdes, s'étaient égrenés... Adrienne, son épouse, était passée quelquefois pour lui parler. Elle lui avait rapporté les plus folles rumeurs. La déroute en Belgique, les convois de blessés arrivant par steamer dès la fin août à Caen, la victoire sur la Marne, les premiers morts... Par chance, il avait échappé à tous ces combats.
Mais le 26 septembre, il avait fallu faire son paquetage et partir par le train. Avec ses camarades, ils avaient roulé toute la nuit dans des wagons à bestiaux. Et dès leur arrivée au sud de Reims, ils avaient repris les routes, cette fois jusqu'à la plaine de Courcy, en grand troupeau d'hommes fatigués. Ils étaient le renfort qui venait regonfler des bataillons exsangues. Leur arrivée coïncidait avec la fin des combats sous le fort de Brimont. L'attaque de la route nationale 44, l'enterrement dans la plaine, les villages boueux et noirs, les longues nuits de novembre dans les champs dévastés avec leurs meules incendiés... Adrien avait connu tout cela. Et cette drôle de guerre où l'on s'enterre et l'on attend... Le 11 décembre, le régiment était une nouvelle fois reparti à pied pour venir s'enterrer dans ces bois humides. A tout prendre, Adrien préférait ce nouveau secteur. Il aimait ces coteaux arrondis, cette vallée à grand prolongement baignée généreusement par l'Aisne. Pour un peu, avec des champs de betteraves remplacés par des pacages, ce paysage ressemblait à sa campagne augeronne !
(À suivre...)

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