Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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16 oct. 2008

Danse macabre à Courgivaux (II)


Suite et fin (temporaire) du récit de mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, sur le combat du 7 septembre 1914 autour du village de Courgivaux, dans lequel fut engagé le 36e régiment d'infanterie (ci-dessus : entre ombre et lumière, la plaine au sud de Courgivaux aujourd'hui, vue depuis le cimetière, où le régiment a attaqué. Le ferme du Bel-Air, mentionnée dans le texte est située sur la droite)

"Hélas, nous avancions bien trop vite, au contraire. Nous étions arrivés dans la zone battue par nos propres canons et je vois encore deux gros arbres voltiger dans l'espace, à moins de cent mètres de nous. C'était le travail de nos 75 ! Il était malheureusement trop tard, nos artilleurs ne pouvant nous apercevoir, cachés que nous étions par les bois, tiraient par rafales et avant que nous ayons eu le temps de rétrograder, avait déjà tué trois des nôtres et blessé plusieurs autres, quel horreur !

Le capitaine Malfre vit le coup et m’appela aussitôt. «
– Le Bailly, êtes-vous trop fatigué pour courir jusqu’au colonel qui se trouve là-bas, derrière la meule que vous voyez dans le bas de la plaine ?Non, mon capitaine, je vois ce que vous désirez, j’y vais. Il faut de suite aviser les quatre batteries d’allonger leur tir. » J’étais déjà galopant dans cette plaine, sautant par-dessus les morts et les blessés pendant que obus et balles allemandes me sifflaient aux oreilles de tous côtés. J’étais seul debout sur ce champ de mort et je me souviens que malgré toute l’ardeur que je mis pour atteindre au plus vite la dite meule, elle semblait s’éloigner de moi au fur et à mesure que j’avançais. Arriverai-je oui ou non ? J’étais à bout de souffle, encore un effort… j’étais au but. Bref, je remplis ma mission et pour la troisième fois j’arpentai cette plaine mais… je pris mon temps, je procédai par bonds en utilisant le terrain.
A peine avais-je parcouru un tiers du parcours, j’eus le bonheur de voir le tir s’allonger. J’eus aussi la joie de voir ma compagnie s’avancer au fur et à mesure et déborder le village par la droite. Quand je le rejoignis, elle tirait à l’abri du talus face au cimetière de Courgivaux. Une grande ferme (la ferme du Bel-Air, NDLC) flambait. Le cimetière était bouleversé de fond en comble, ses murs étaient littéralement hachés, le sol était recouvert de blessés allemands, je vis des morts en quantité dans les sillons d’un champ labouré, des chevaux éventrés – mais nous n’avions guère le temps de bien regarder et au commandement de notre chef, nous nous élançâmes dans la cour de la ferme qui brûlait.
Partis, envolés, les Allemands ! Ce fut du délire ; nous pénétrâmes au pas de course dans le village : cadavres allemands, chevaux allemands, caissons, équipements allemands, tout cela pêle-mêle pendant que leurs blessés qu’ils n’avaient pas eu le temps d’enlever, hurlaient de douleur.

Et l’ordre arriva de nous assembler – tout le 36ème avait donné – et de prendre une heure de repos. Pendant ce temps, notre artillerie prenait position derrière nous et semant la mort dans les rangs de nos ennemis qui, en colonnes, là-bas, sur les routes, s’enfuyaient à une allure folle.

Nous nous précipitâmes dans les jardins et ce fut, entre nous, un assaut en règle autour des puits. Boire ! Boire ! N’importe quoi, mais boire.

Mais… qu’est-ce donc que ces cris qui partent du centre du village. Est-ce que la danse recommencerait ? Non ! Ce sont les femmes, les vieillards, les enfants de l’endroit qui, sortis de leurs caves, poussent des hurlements de joie en voyant les pantalons rouges !

Pauvres gens ! Quelle terreur sur leur visage ! Mais au bout d’une demi-heure, la détente se produit, ils pleurent de bonheur, ils nous serrent les mains, sans crier, sans phrases et avec des seaux nous apportent de l’eau, du vin, du pain. Nous nous battons presque, à qui en aura.

Mais abrégeons. Courgivaux était à nous, bien à nous. Nous avions décimé 3 bataillons bavarois sur six qui défendaient, paraît-il, le village. Quant à notre 36e qui, seul, avait mené l’attaque, il n’avait guère perdu en moyenne plus d’un quart de son effectif : à peine un bataillon.
Là devait commencer la poursuite effrénée de l’ennemi. Nous trottions depuis cinq heures déjà après avoir traversé quatre villages en feu. Nous marchions à travers champs pendant qu’une avant-garde de cavalerie et nos flancs gardes « battaient » le terrain, quand l’ordre arrive de nous faire prendre quelque repos. Il était six heures du soir, nous nous étions battus pendant près de 11 heures durant, nous étions fourbus.
Point n’est donc besoin de dire que nous avons dormi comme des brutes.
Ceci se passait le 6 septembre
(en réalité le 7/09/1914)."

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