Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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3 mars 2011

Prélude à l'Artois (II)

Suite et fin du billet consacré à l'attaque du bois de la Mine, le 10 mai 1915.

Entre trous d'obus et vestiges de tranchées,
la lisière nord du bois de la Mine aujourd'hui.
Selon le JMO du 36e RI, les quatre compagnies du premier bataillon quittent leurs cantonnements vers 14h00. Le soldat Armand David, que nous imaginions à la veille du Noël 1914 ressassant ses idées noires, fait partie de ceux-là. Longeant la route qui relie Pontavert à Berry-au-Bac, les unités sont dans un premier temps ravitaillées en munitions près du château de Pontavert. Puis elles sont dirigées sur le bois Clausade, par un boyau de communication, où elles sont mises à la disposition de Tassin. Elles sont enfin acheminées au boyau des cuisines, dans le bois de la Mine, en colonne par un, et placées en formation de combat. Pour cette première attaque, la quatrième et la deuxième compagnies sont désignées, aidées par des éléments du 39e RI.
A 17h00, l'artillerie exécute une violente préparation de trois minutes. La compagnie Trinité du 36e RI (4e Cie) s'élance dans la partie sud du bois, pendant que le compagnie commandée par Venclin (2e Cie) cherche déborder la tranchée ennemie par le nord. Mais le combat progresse lentement… Les Normands ne possèdent pas, en effet, de grenades et sont sous le feu de mitrailleuses qui balayent le terrain. Les Allemands ont, de plus, barré les boyaux, et les bois très serrés et déchiquetés par l'artillerie constituent un obstacle très difficile à franchir. Les Français réussissent toutefois à repousser de cent mètres la ligne de feu. A 19h00, une troisième compagnie du 36e est engagée à son tour et l'assaut est répété : la compagnie Trinitée est à nouveau lancée en avant, appuyée à droite et à gauche par deux sections de la 3e compagnie opérant cette fois en plaine, de chaque côté du bois (au sud le sous-lieutenant Tahot, au nord le lieutenant Hélouis et le capitaine Vivien). Mais cette charge est stoppée par un feu violent de grenades et torpilles. Tahot, qui il y a peu patrouillait au bois du Bonnet-Persan, réussit toutefois à atteindre la lisière des arbres, mais il est arrêté par du fil de fer posé en lisière. Il doit alors creuser un trou de tirailleur en urgence pour s'accrocher au terrain.
Le 74e dans les tranchées du Mont-Doyen.
De gauche à droite, le sous-lieutenant Le Gall,
tué à Verdun, et le sous-lieutenant Seynaeve (4e Cie).
Dans l'abri, inconnu. (Photo coll. Agosto).
Pour appuyer les compagnies du 36e, deux compagnies du 74e régiment, un autre régiment de la 5e division, sont alors jetées dans la fournaise. Commandées par le capitaine Libéros, elles sortent de leur tranchée du Moyen-Doyen à 2h45, dans la nuit éclairées par des fusées, et se précipitent au clairon vers les bois au milieu des réseaux de fil de fer. "Ils tombèrent aussitôt sous un feu violent d'infanterie et d'artillerie, note Libéros ; les plus avancés furent reçus à coups de grenades et de mines, et la tranchée fut bientôt encombrées de blessés tous plus stoïques les uns que les autres." Les compagnies du 74e se replient. Les sections Tahot profitent également de la nuit pour se réfugier dans une carrière au sud du bois de la Mine.
Le 11 mai, la journée se passe dans une attente interminable. Français et Allemands se font face. Certains blessés de la veille, restés dans des entonnoirs d'obus du no man's land, essaient d'échapper à la capture. A 19h50, rapporte le chef de bataillon Craplet, deux fusées partant de la tranchée ennemie donnent le signal pour un bombardement "d'une violence inouïe. Balles, grenades, torpilles, obus de gros calibres, les Allemands s'efforcent de sortir de leur tranchée". Mais les soldats de Guillaume ne peuvent progresser d'un seul pas tant la riposte des Français est vive. Le bataillon du 36e compte toutefois dix nouveaux blessés.A proximité de la zone de mort, la nuit est cauchemardesque. "Hier, raconte Roland Dorgelès, alors mitrailleur au 39e dans une correspondance datée du 13 mai, toute la nuit, on entendait les blessés appeler : «Un tel, tel régiment. Ne me laissez pas. Je suis blessé. Je vais mourir.» Et les autres qui râlaient : «Maman.» Atroce ! Et impossible d'y aller : les fusées et les projecteurs donnaient, et les balles sifflaient dru."
Enfin, le lendemain, le combat cesse. La journée est consacrée à l'organisation défensive du bois de la Mine et, tout au plus, faut-il compter sur l'initiative d'une patrouille menée par l'aspirant Lucas, du régiment calvadosien, pour repousser, dans le boyau central, la ligne de combat de 50 m dans les lignes allemandes. Relevés par le 3e bataillon du 74e, les compagnies du 36e, au terme de ces 48 heures repartent vers les bois de Beaumarais.
Le bois de la Mine, au sud. Au centre, les restes
de la carrière où se réfugie le sous-lieutenant Tahot le 11 mai.
Au total, pour le 36e RI, l'engagement du bois de la Mine se solde par une perte de 90 soldats. Selon Craplet, ce chiffre comprend "2 officiers blessés (sous-lieutenant Debieu, 4e Cie, et Birée, 2e Cie), 9 sous-officiers (1 tué, 8 blessés), 6 caporaux (1 tué, 6 blessés) et 73 soldats (9 tués, 64 blessés)"*. Le 35e RIT compte, lui, 60 hommes (9 tués, 22 blessés, 29 disparus), et pour la nuit du 10 au 11 mai, la contre-attaque du 74e RI au Mont-Doyen enregistrera, elle, une perte de 71 hommes (7 tués, 54 blessés, 10 disparus). Soit, sans compter les pertes du 39e RI, pour lequel nous n'avons pas trouvé les chiffres, un total de 221 hommes. Un coût humain au mètre carré bien cher, mais qui, avec l'Artois, va connaître une véritable inflation.

* A noter que sur le site Mémoire des Hommes, on compte douze hommes tués au 36e RI et non onze : le sergent Maurice Kéro, qui s'était illustré sous Brimont, le caporal Edgar Michel, et les soldats Georges Nicolas, Georges Micouin, Edmond Anquet, Joseph Nicolle, Ferdinand Ramé, Léon Huet, Georges Le Bréquier, Félix Bretagne, Georges Véron et Armand David, qui ne connaîtra plus les coulinages dans son village la veille de Noël.

Merci à "Manu" pour les photos et à Stéphan, pour son travail sur le 74e.

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