Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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16 mars 2013

36e : portrait de groupe

Qui étaient les soldats du 36e RI ? Depuis la création de cet espace, cette question sous-tend peu ou prou l'écriture de chaque billet, s'attachant à des individus et des lieux où s'est battue l'unité. Un exercice limité sachant qu'un régiment est un groupe de plus de 3000 hommes dont le recrutement, assez homogène en août 1914, fut profondément modifié par l'apport de renforts tout au long de la guerre. L'unité, dont le casernement était à Caen, était-elle pour autant "normande" ? Pour tenter d'en savoir plus, près de 3600 patronymes de soldats de cette unité ont été collectés au fur et à mesure de mes recherches, et autant de fiches individuelles du site Mémoire des Hommes. Les travaux de Gilles Saucier sur le Calvados, de Xavier Bocé sur la Seine-Maritime, du Collectif Artois et du spécialiste de la démographie historique Jacques Renard, qui m'ont tous les quatre spontanément envoyé leurs travaux sous forme de tableaux, ont été d'indispensables apports à cette entreprise. Mais encore fallait-il unifier ces études...

Quelle méthode ? A partir des fiches rassemblées, les tableaux qui me sont parvenue ont été complétés et fusionnés. D'autres ont été créés pour tous les départements français, à l'aide notamment de la base Memorial GenWeb. Un document a donc été établi portant pour chaque soldat du 36e régiment d'infanterie "mort pour la France" son nom, prénoms, année et lieu de naissance. D'un point de vue strictement militaire, le grade, l'année de recrutement, date et lieu de décès, ainsi que le type de mort ont également été collectés. Au final, les résultats permettent d'en savoir plus sur les combattants du 36e régiment d'infanterie. Mais cet outil demeure perfectible... Les fiches Mémoire des Hommes sont en effet parfois émaillées de petites erreurs : erreur d'unité (soldat du 336e RI affecté au 36e RI), lieu de naissance pas toujours clairement identifié, erreur de département, méprise dans la date de décès... Ces attributions erronées sont rares, mais elles existent. Il n'en reste pas moins que cet outil permet de dessiner quelques grandes tendances.

De quel département est originaire le soldat du 36e RI ? Première surprise, le 36e RI n'est pas strictement le régiment du Bas-Calvados que l'on prétend. Si l'on retient les individus nés dans le département, sans tenir lieu de leurs déplacements ultérieurs, ils sont principalement natifs de la Normandie... avant le partage de ce territoire en 1790. Sur les trois premières marches du podium, on trouve ainsi le Calvados (982 fiches soit 27 %), la Manche (788 soit 22 %), et la Seine-Maritime (413, 11 %), trois entités à cheval sur deux régions militaires en 1914 (la 3e et la 10e région). Dans le premier département, certaines communes se détachent par le nombre de soldats, tels Trouville-sur-Mer, Condé-sur-Noireau, le petit village de Littry... En Manche également, à Hambye, BrixLoin, Sainte-Marie-du-Mont... En quatrième position figurent les soldats de Paris (223, 6%), dont est issu Jean Hugo, avant de retrouver les départements de l'Orne (105 fiches), Eure (134 ), puis les Yvelines (75 fiches, sachant que ce département s'appelait auparavant la Seine-et-Oise avec une zone de recrutement plus grande que les Yvelines actuelles). Originaires en majorité de bourgades, voire de hameaux, les soldats du 36e RI viennent aussi des villes : Paris (161 fiches), Caen (102), Le Havre (73), Rouen (44), Cherbourg (24)...

Le critère de l'âge Si l'on ne tient pas compte des chefs de bataillon Eugène Roig (1859) et Auguste Bouleis (1862), morts dans les deux premières années de la guerre, le soldat le plus âgé "mort pour la France" du 36e régiment d'infanterie est à ce jour le sergent parisien Charles Colusse, tué à 53 ans en Artois et dont nous aurons à reparler un jour prochain. Mais il s'agit ici de cas extrêmes : si l’on compare la proportion des pertes selon l’année de naissance par rapport au total des décès, le plus gros contingent demeure celui né entre 1888 et 1895 (2021 fiches), soit des soldats qui ont entre 19 et 26 ans en 1914. Un autre segment important comprend les soldats nés entre 1880 et 1884 (737 fiches), une classe d'âge où le soldat est théoriquement dans la réserve de l'armée d'active ou dans la territoriale. Nous pouvons donc imaginer que le 36e régiment d'infanterie est plutôt un régiment d'hommes dans la force de l'âge. Les classes d'âges de recrutement suivent évidemment la même courbe : les années les plus représentées sont 1908 à 1915, en majorité dans la ville de Caen (775 fiches), Cherbourg (421), Saint-Lô (301), Le Havre (238). Plus loin encore, les soldats du 36e sont aussi recrutés à Versailles, Falaise, Rouen Nord...

Le monument aux morts du Havre. 238 soldats de la ville sont morts
au 36e RI (photo courtesy of Xavier Bocé)
Cinq années de guerre Le premier soldat du 36e RI déclaré "Mort pour la France" est le Calvadosien Désiré Brière, mort d'une fracture du crâne le 8 août 1914, à Lisieux. Le dernier est également Normand : il s'agit de Victor Esnault, décédé des suites d'une "maladie" à l'ambulance 1/96 d'Avesnes, le 4 juin 1919. Si l'on suit la courbe des pertes de l'unité qui va de 1914 à 1918, celle-ci s'envole dès 1914 (986 soldats) et atteint un point culminant en 1915 (1249), avant de baisser en 1916 (734) et de s'effondrer en 1917 (124), sans doute en raison des "mutineries" et du faible engagement au Chemin des Dames. La dernière année de guerre voit à nouveau une progression, avec près de 500 morts recensés. Sans surprise dans ces résultats, près de 71 % des combattants sont déclarés "tués" au combat ou à l'ennemi, le reste se répartissant entre les morts par blessures (20 %), par maladie (7%) et les disparus (2%). De même, la grande majorité des décès concerne les soldats du rang (90 %, en comptant les 8% de caporaux). Elle est rejointe par les sergents, dont 196 fiches ont été rassemblées (6 %). Pour les officiers subalternes (3 %), 9 capitaines, 19 lieutenants et 60 sous-lieutenants ont été identifiés. A noter enfin, que le 36e RI compte six chefs de bataillons morts pendant la guerre, dont quatre en Artois.
Sur les 2583 soldats mentionnés comme "tués", 37 % tombe en Artois pour la conquête du village de Neuville-Saint-Vaast, début juin 1915, dans les combats autour de Souchez, le 22 juin, et lors de l'offensive de septembre 1915 dite du plateau de la Folie. Les périodes qui encadrent cette période se montrent également léthifères : plus de 400 soldats (17 %) vont trouver la mort lors de l'assaut sur Charleroi en août 14, et à Verdun, au mois d'avril et mai 1916, 478 hommes vont perdre la vie (19 %). Enfin, lors de l'année 1918, deux secteurs vont enfin se montrer funestes : les combats sur l'Aronde et l'avance sur Lassigny, tous deux situés dans l'Oise.
Si vous souhaitez connaître le nom des soldats du 36e RI de votre commune, n'hésitez pas à rentrer en contact.
Merci à Arnaud Carobbi et Xavier Bocé pour leurs remarques sur ce billet.

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