Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
Comment consulter cette page ? Vous pouvez lire progressivement les messages, qui ne respectent pas un ordre chronologique (ils évoquent, par exemple, l'année 1915 ou 1914). Vous pouvez aussi avoir envie de vous attarder sur une année ou un secteur géographique : pour cela, cliquez dans la colonne à gauche dans la rubrique "Pages d'histoire du 36e" sur la période et le lieu qui vous intéressent. Tous les messages seront alors rassemblés pour vous selon l'ordre de publication.
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19 févr. 2010

Le témoignage de Jules Champin (suite...)

Par souci de compréhension pour le lecteur, nous déplaçons ce billet déjà paru en 2008 pour le placer chronologiquement, à la suite des autres consacrés à Jules Champin. Après avoir été blessé lors des combats sous Brimont, le soldat du 36e régiment d'infanterie, rejoint par ses propres moyens les abords de Reims. Il est soigné dans un hôpital de la Croix-Rouge, à deux pas de la cathédrale (Photo DR).

"Lundi 14 septembre 1914
Je suis dans une petite chambre où nous sommes une dizaine de blessés plus ou moins gravement. C'est dans un lycée de jeunes filles, rue de 1'université à Reims (
photo)*, qui est transformé en hôpital temporaire. Ce n'est pas loin de la cathédrale, car je la vois de mon lit, et nous y entendons sonner les heures. Vers 10 heures matin le médecin major vient nous voir tous. Il me refait mon pansement et m’enlève tous les morceaux d'étoffe - caleçon, culotte, capote - qui étaient entrés avec la balle dans le trou de ma blessure avec une longue pince et une sonde, je crois. C'est encore un mauvais moment à passer, car je fais de drôles de grimaces. Enfin, il me console bien, car il dit que ce ne sera pas grave. Dans l'après-midi, il tombe beaucoup d'obus sur la ville. Je me dis que je n'ai pas très bien choisi mon hôpital.

Mardi 15 septembre
Aujourd'hui, on dirait que le bombardement de la ville est un peu plus calme. Nous sommes très bien soignés quand le médecin-major vient me rendre visite. Il me refait mon pansement et cherche encore s'il va réussir à trouver la balle. Comme il ne trouve rien, je lui explique la position, que j'occupais quand je l'ai reçue et comme j'ai tombé.
(illisible) que la balle m'avait contourné la cuisse et était venue se loger par devant, juste sous 1'artère fémorale me blessant le nerf sciatique, ce qui me faisait horriblement souffrir quand j'essayais de m'appuyer sur la jambe. Bref, j'en aurai la confirmation que lorsque je passerai à la radio. Il me refait mon pansement et remet encore la sonde, et je crois un drain (illisible), ce que je sais c'est qu'il me fait toujours bien souffrir. Il me dit que c'est pour que le pus puisse sortir, pour ne pas infecter la plaie.

Mercredi 16 septembre

Le bombardement de la ville continue par intervalles. On dirait qu’il tombe quelques obus sur la cathédrale. Mais il arrive toujours tellement de blessés à 1’hôpital, des blessés qui demandent plus de soins que moi, que je vais coucher par terre sur un matelas dans les mansardes, où des infirmiers viennent de me conduire sur un brancard. Quelle stupéfaction pour moi en arrivant, car je ne suis qu'entouré d'Allemands qui sont gravement blessées, aussi ils ne sont pas dangereux. Parmi eux, il y a des uhlans, qu'on reconnaît facilement à leurs grandes bottes qui sont plus belles que mes grossiers godillots. Dans cette mansarde, nous sommes tous tassés les uns à côté des autres, Français et Allemands tous mélangés. Ce n'est pas très gai, car on se regarde d'un mauvais œil en-attendant de faire plus ample connaissance.


Jeudi 17 septembre

Aujourd'hui, les Allemands bombardent la ville sans arrêt, l'horloge de la cathédrale est brisée, car on ne l'entend plus sonner. Il arrive continuellement des blessés sans arrêt, on parle beaucoup d'en faire partir, je voudrais bien être du nombre, car il ne fait pas bon dans ce quartier.
"
(A suivre…)

* Il s'agit de l'hôpital auxiliaire situés dans l'Ecole professionnelle de filles, 23, rue de l'université, à Reims, qui fonctionne du 2 août au 20 septembre 1914.

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