Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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5 sept. 2009

Emile Lhostis, mort en Absurdie

(Photo : la sépulture d'Emile Lhostis, à la nécropole nationale La Maison Bleue, à Cormicy, tombe n°3259. Merci à Norbert Lhostis pour cette photo)

S'il fallait trouver un dénominateur commun aux événements qui ont touché le 36e régiment d'infanterie en mars 1915, ce serait bien l'absurdité des drames qui ont frappé l'unité dans les bois de Beaumarais. En témoigne, le 15 mars 1915, la mort du sous-lieutenant Emile Lhostis.
Ce soldat, natif du Havre, nous l'avons déjà rencontré : il encadre une section de la 6e compagnie dans laquelle est versé mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, à son retour en France en septembre 1914.
Ensemble, ils parviennent à échapper aux éreintants combats de la bataille de la Marne et à l'encerclement du régiment mi-septembre sur les pentes du château de Brimont, qui laissent les trois bataillons du 36e RI exsangues.
Dans les mois qui suivent ces funestes journées, Fernand est transféré à la 10e compagnie. Lhostis, pour sa part, demeure à la 6e compagnie. Sans doute bénéficie-t-il des carences en cadres du bataillon, créées par les combats de l'automne, pour prendre du galon, car
les rapports d'opérations conservés au service historique de la Défense, au château de Vincennes, le mentionnent à l'hiver comme "sous-lieutenant". 
Avec le mois de février, la guerre dans les bois de Beaumarais change progressivement de physionomie. Aux patrouilles succède une guerre de harcèlement où le mot d'ordre est de "faire mal à l'ennemi par tous les moyens possibles." On profite de la nuit pour attaquer des petits postes d'écoute avancés ou des équipes de travailleurs allemands occupés à la réfection des tranchées. Pour ce faire, les Normands emploient des petites bombes manuelles, des grenades Aasen et des pétards de cheddite (le 4 février, le colonel Bernard, commandant du 36e, réclame des appareils destinés à lancer ce type de projectiles). Les patrouilles emportent aussi avec elles des grenades à tige Marten-Hale, qui sont tirées à l'aide de fusil.
Ce type de grenade est d'un usage délicat au point de vue de la sécurité de son fonctionnement. Employée avec un fusil classique, la grenade Marten-Hale nécessite une balle à blanc pour être tirée; la goupille doit être ôtée, une fois le détonateur vissé… Un oubli, une erreur dans le montage, et l'accident survient, avec parfois des conséquences dramatiques. Au creux de l'hiver 15, l'instruction au maniement de cette arme a pourtant bien démarré dans le régiment, mais elle demeure encore réservée à de petits groupes de soldats.
Dans la nuit du 12 au 13, le premier bataillon du 36e est relevé par le deuxième dans la partie gauche des bois de Beaumarais. La matinée se déroule sans anicroche. Puis, tout à coup, "l'éclatement prématuré d'une grenade Marten-Hale", selon le JMO, blesse deux officiers.
"Le sous-lieutenant Lhostis est grièvement blessé (...), ainsi que le sous-lieutenant Guérin, ce dernier légèrement atteint. Le sous-lieutenant Lhostis est évacué immédiatement en automobile sur l'ambulance de la division (l'ambulance 5/3, basée à Romain). Il a conservé courageusement tout son calme demandant à ce qu'on dissimule à ses hommes la gravité de ses blessures pour ne pas affecter leur morale." A n'en pas douter, cette disparition a ému Fernand Le Bailly. Peut-être est-elle à l'origine des souvenirs que rédigera mon arrière-grand-père avant son départ pour l'Artois, en mai 1915 où il cite largement Lhostis. Le sous-lieutenant y est décrit comme un "sergent petit, vif, alerte au possible". Jusqu'à qu'une grenade en décide autrement.

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