Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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26 sept. 2009

Comme à Gravelotte

(Ci-contre, une illustration extraite des Livres roses pour la Jeunesse, "Traits héroïques de l'armée française", par Charles Guyon, Larousse, 1915.)

Septembre 2009. Sous le soleil, l'autoroute de l'est, au sortir de Reims, déroule son long ruban lumineux à travers champs, à l'assaut des contreforts de la montagne de Reims. Lancées à 130 km/h, les voitures passent en direction de Paris telles des fusées incandescentes. Il est difficile d'imaginer le même panorama quatre vingt quinze ans plus tôt. Ou la météo. Car si l'on en croit nos deux témoins du 36e RI, Jules Champin et Fernand Le Bailly, les derniers jours de la bataille de la Marne furent exécrables de mauvais temps. Le 11 septembre, Champin marche "toute la journée sous la pluie. (...) Nous sommes cantonnés dans une petite ferme. Mais comme il n'y a pas assez de place pour tout le monde, ma section couche dehors dans un herbage entre nos faisceaux. (...) Malgré la pluie je trouve le moyen de dormir quand même." Le lendemain Le Bailly n'est pas plus heureux. Placé en soutien de 4 pièces de 75, dans le bois de Gueux, son camarade Apère, Emile Lhostis et lui essaient de se protéger des trombes d'eau. "Le ventre creux, grelottant de fièvre, transpercés jusqu’aux os, dormant debout sur nos fusils, nous sommes restés là, sans bouger sous les obus… De temps en temps un des nôtres tombe, le nez contre terre, murmure «à boire» ou «j’ai faim» , puis s’endort, se relève d’un bond, les yeux hagards, retombe et délire. Moi, tout bas, je désire un éclat d’obus, une balle… la mort, quoi. Je ne peux plus… les temps me battent, j’ai la tête vide. Je tremble… Je me couche dans l’eau (notre champ est devenu un lac), cela me «retape» - je bois de cette eau, ça va mieux ! Quant à Apère, il est étendu à mes pieds, Lhostis aussi. Sont-ils morts ou vivant ? Je ne sais..." Outre les caprices du ciel, les deux soldats essaient de se protéger tant bien que mal d'un autre déluge : les bombardements. Le Bailly rapporte ainsi un marmitage, toujours dans les bois de Gueux. "Malheureusement, nous avions marché trop vite et notre artillerie n’avait pu nous suivre ! L’ennemi eut tôt fait de s’en rendre compte et pendant 1 h ½ trouva le moyen de nous bombarder sans arrêt avec ses grosses pièces. Voyez-vous d’ici notre régiment, en colonnes par quatre, l’arme au pied, sacs à terre, sur cette route encaissée entre deux forêts en encaissant stoïquement cette mitraille sans broncher. Il y eut au début un peu de houle dans nos rangs. Notre colonel eut tôt fait de rétablir l’ordre de la voix. Je me souviens aussi que nous ayant dit de nous coucher à plat ventre, sous bois, nous étions par paquets les uns sur les autres et que les obus fauchaient les arbres à 3 ou 4 m de hauteur, que l’odeur de soufre qui s’en dégageait rendait l’air presque irrespirable. Qu’un pauvre camarade qui, entr’autres, venait d’avoir les deux jambes sectionnées hurla pendant au moins 10 minutes avant d’expirer. Qu’enfin, nous passâmes la nuit sur place sous une pluie diluvienne et que, comme petit déjeuner, nous creusâmes une fosse où nous enterrâmes les nôtres." A plusieurs centaines de mètres, Champin, au premier bataillon, raconte pour sa part comment il distingue les calibres des coups : "Nous traversons de petits chemins sous bois et nous arrivons aux tranchées boches qui sont remplies de cadavres. Nous marchons en lignes de sections, puis en colonnes d'escouades, car à notre tour nous sommes sous le feu de l'artillerie ennemie, les 77 allemand. Ils ne sont pas bien dangereux, mais quand nous avons le malheur de tomber sous les coups des 88 autrichiens, c'est pas la même chose, car eux on a pas le temps de les entendre venir, ils crachent plus secs. On est obligé de se coucher dans un champ de luzerne. Il n'y fait pas bon. Car il tombe de l'eau depuis le matin..."(Pour lire la suite des témoignages de Champin et Le Bailly, c'est ici)



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