Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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12 oct. 2009

Les dormeurs du val de Vesle

(1 - Les anciennes tribunes du circuit de Gueux. Photo de Jean-Marc Fondeur, merci à lui. 2 - La D227, qui relie Gueux à Thillois. 3 - Gueux et sa petite "mare", comme le mentionne Fernand Le Bailly dans son récit sur sa bataille de la Marne.)

Passé le village de Gueux, la vallée de la Vesle s'ouvre, coupée par l'autoroute reliant Soissons. C'est ici que se poursuit notre quête sur les traces du 36e régiment d'infanterie, le long de la D27, où les deux tribunes fantomatiques du circuit automobile de Gueux résonnent encore des vrombissements des Formule 1 des Grands Prix de France, et de la "Flèche d'Argent" pilotée par Fangio le 4 juillet 1954. Ce tracé fut utilisé pour la première fois en 1925 pour le premier Grand Prix de Marne, organisé par l'Automobile Club de Champagne, soit onze ans après le premier coup de canon de la Grande Guerre.
Car le 12 septembre 1914, un autre type de grondement se fait entendre dans ce petit bout de Marne. Dans la nuit, les Allemands, talonnés par les soldats de la 9e brigade, quittent précipitamment le village de Gueux pour se réfugier, quelques kilomètres plus loin, dans des tranchées creusées devant Thillois et sur le mamelon ouest de Champigny. Pendant une après-midi entière plusieurs bataillons du 39e, épaulés par le 74e, vont tenter de reprendre cette plaine.
De 15h30 à 17 heures, les hommes du régiment de Rouen essaient d'avancer sur ce terrain plat qui n'offre pas le moindre abri. "Des feux très violents de mousqueterie, note le JMO du 39e, nous obligent alors à n'avancer que par bonds, en même temps une batterie d'artillerie allemande, établie au NE de Thillois, fait pleuvoir une grêle d'obus sur nos troupes." Certains parviennent jusqu'à 300 m des tranchées allemandes, mais ils ne peuvent s'en rapprocher davantage en raison des pertes. Heureusement l'artillerie, prend part à l'action et, appuyant un mouvement du 74e régiment d'infanterie, permet aux fantassins de tourner les tranchées et de prendre le village. "Il leur faut 9 heures pour faire 1 500 mètres", poursuit l'historique du 39e. Au soir, le paysage du champ de bataille est terrible. "Quelle nuit noire ! La pluie ruisselle sur nos sacs, traverse les capotes. On avance. On marche sur les morts, sur les blessés ; des cris, des gémissements, des plaintes des mourants qu'on piétine. On peut y voir, on avance. Quand cessera donc cette pluie accablante ? On ne voit rien. On se devine. On s'espère. On avance. On finira bien par les mâter, les barbares."
Le 36e ne participe pas aux combats devant Thillois. Le régiment de Caen rejoint le village de Gueux, dans la nuit du 12 au 13, "vers 1 h du matin, note Fernand Le Bailly dans son carnet. Nous prenons d’assaut maisons et granges. Nous nous couchons sur les tables, dans les armoires, dans les cheminées, d’autres à coup de crosse enfoncent portes et fenêtres : c’est la faim qui les y pousse, et j’ai vu plusieurs de mes camarades, dans ce moment de folie, en arriver aux coups pour un morceau de pain, un bidon d’eau. Le lendemain à 4 h (le 13 septembre 1914, NDR), Apère et moi, après avoir passé une bonne nuit dans le foin, encore trempé comme des canards allions au ravitaillement, enfin arrivé. Nous dévorâmes pain et café ; à cinq heures, tout le régiment recommençait la poursuite, solide, gai, plus ardent que jamais !
Quand on quitte ce village, en passant près de l’église, on traverse une place sur laquelle se trouve un petit lac (à moins que ne soit une mare). Contournons cette mare, tournons à gauche et nous arrivons sur la route de Thillois, si mes souvenirs sont exacts… Or, sur cette route, tout en marchant, voici le tableau qui s’offrit à nos yeux : blessés et morts allemands par centaines, mitrailleuses allemandes déchiquetées, une pièce allemande et ses caissons sans dessus-dessous, des sacs, des équipements « Boches » de tous côtés. Et comme cela sur près de 2 km. Quelle hécatombe là encore… Puis, hélas, la contrepartie. Les nôtres gisaient ainsi par centaines dans les champs, couchés, fauchés par les mitrailleuses automobiles allemandes. Détail poignant : nos braves étaient encore déployés en tirailleurs, leur chef en avant et j’ai encore dans l’œil, un des nôtres, mort, assis près d’une meule, tenant dans sa main une « boule de pain » . Partout, sur cette route comme sur les autres déjà parcourues, les bornes kilométriques avaient été arrachées ou peintes à la chaux par les Allemands. La raison : pour cacher à leurs soldats la vérité. Les officiers allemands ne cessaient de répéter à leurs hommes qu’ils marchaient sur Paris, alors qu’ils fuyaient vers le nord."(Pour lire la suite des témoignages de Champin et Le Bailly, c'est ici)

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