Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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18 déc. 2008

Sang d'encre

(Ci-contre : le monument aux morts de Neuville-Saint-Vaast)

Dans les premiers jours de juin, les assauts des lignes allemandes dans le petit village de Neuville-Saint-Vaast déroulent leur même trame sanglante. Le 1er du mois, le massacre est vertigineux : 64 hommes du 36e régiment d'infanterie sont tués, 222 sont blessés et 26 déclarés "disparus" (selon le journal de marche du régiment, très sommaire sur cette journée).
A la lecture des rapports d'opérations, conservés au service historique de la défense, il est difficile de ne pas incriminer le manque de préparation de cette attaque. A 6 heures du matin, le 1er juin, la 5e division, dont la mission était alors d'assurer l'inviolabilité du front, est chargée brusquement "d'attaquer et d'enlever Neuville-Saint-Vaast" (ordre n°308 de la 5e DI et ordre 844 du 20e CA, voir photo). Deux bataillons du 36e sont chargés de l'attaque : le 3e, démarrant au niveau des maisons en U, doit s'emparer des maisons le long de la rue Verte, le 2e, partant à hauteur de l'impasse Beaujan, est chargé de conquérir les maisons de la rue François Hennebique. Dans cette épreuve, ils sont aidés chacun par une compagnie du génie et deux compagnies du 129e.
La préparation d'artillerie, démarrée à 10h30 le matin, fut-elle suffisante ? Difficile d'y croire tant les rapports pointent du doigt la faible distance séparant les lignes françaises et les lignes allemandes. Dans un mémoire, Mangin, général de la division, déplore également le manque d'emploi d'artillerie de tranchée, le peu de munitions rassemblées pour cette attaque, le peu de boyaux de communication...
Les conséquences de cette impréparation furent funestes. Pour éviter de tirer sur les troupes françaises, les maisons adjacentes à la zone ennemie furent évacuées... et immédiatement investies par les Allemands. Par ailleurs, plusieurs compte-rendus soulignent comment de nombreuses attaques d'infanterie, lancées à partir de 17h30, furent prises de flanc par des mitrailleuses ennemies qui n'avaient pas été réduites. Le 2e bataillon, sous le feu du blockhaus de mitrailleuses (situé au croisement de la rue Hennebique et de la rue des Balloteux), tenta par quatre fois de déboucher et resta dans ses tranchées. Quant à la 10e compagnie ( commandée par le lieutenant Croizé), elle fut arrêtée à deux reprises devant les maisons les plus à gauche de la rue Verte et perdit une centaine d'hommes. Mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, qui faisait partie de l'attaque nota derrière une de ses photos qui représente les maisons en U : "Nous, 10ème Cie, attaquâmes à la baïonnette à gauche des maisons en U, sur les tranchées allemandes le 1er juin. Partis 97, je me souviens qu'après avoir enlevé la tranchée allemande, dans laquelle j'eu la chance de sauter le premier, nous sommes revenus onze ! L'assaut avait duré 15 à 20 secondes." Les 11e et 9e compagnies** souffrirent, de leur côté, du manque de liaison en raison des incendies dans les maisons et se heurtèrent à des Allemands retranchés derrière des barricades, dans les caves des maisons et tirant par les soupiraux, à une légère hauteur au-dessus du niveau de la chaussée. Décimées, parfois sans commandement et sans chefs de section, elles ne purent faire face aux contre-attaques allemandes lancées le lendemain (le 2 juin), entre deux et trois heures du matin.
Les seuls progrès de cette journée de combat furent dérisoires : quelques ruines longeant la Grande Rue, un peu plus haut que l'impasse Beaujan, et les reste des maisons au croisement de la rue Verte et de la Grande Rue. Elles plaçaient le régiment, comme le note comiquement un rapport, "dans de bonnes conditions pour la continuation de l'opération".
Place maintenant aux témoignages de trois compagnies de ces combats.
* A noter que le 129e RI compterait, selon un rapport sur cette attaque, une perte de 140 hommes pour cette journée, soit un total de 434 hommes pour la 10e brigade pour la journée du 1er juin.
** La 9e compagnie, commandée par le lieutenant Girard, blessé le 1er juin, enregistrera de "lourdes pertes" ce jour-là.

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