Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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9 sept. 2010

Au pays des ombres

Une photo prise par Fernand Le Bailly, dans les tranchées de Courcy, en novembre
1914 : "Notre tranchée de 1re ligne, cavalier de Courcy. Pas chaude la nuit !"
Voici les premières lignes non datées écrites par Paul Chevalier dans la plaine de Courcy. Froid, pluie, nuit... C'est l'heure de la relève pour une compagnie qui va en première ligne.


"La journée a été mauvaise ; la pluie, le vent ont donné aux heures présentes un peu de tristesse dans nos cœurs. La nuit vient sans que le jour n’ait paru complètement. Pas un moment les rayons du soleil n’ont apparu pour réchauffer nos cœurs ; c’est notre compagnie qui prend les tranchées de première ligne. On distribue un peu d’aliments, du pain, des sardines, du chocolat et chaque gradé réunit ses hommes, fait l’appel, il ne manque personne . 
En route sans un bruit, pas de feu surtout, l’ennemi est à 1500 ou 1800 mètres. La pluie et le vent font rafales, les hommes marchent sans un mot, on ne se distingue pas. Le second rang ne voit pas le premier, une nuit noire. Le sentier que nous suivons est tortueux et rempli d’ornières, les hommes buttent et tombent parfois, ils se relèvent sans un mot et reprennent leur place. La tempête redouble, on approche des lignes. On s’arrête, on se couche. Au ciel on voit des longues lueurs à droite et en face le canon gronde, on voit de temps à autre comme un éclair, c’est une bouche qui crache. On repart à travers d’énormes trous remplis d’eau. Ces trous sont faits par les obus. Quelquefois, pour ne pas dire souvent, on met le pied dedans et nous voilà mouillés. L’ennemi qui jusqu’à présent n’avait fait marcher ses canons, nous envoie quelques coups de feu. Cela nous importe peu, car la ligne que nous nous allons remplacer est là pour répondre. 
Enfin nous arrivons à notre emplacement. Chacun prend sa place de tirailleur ayant, je vous l’assure, de faire le moins de bruit possible. Les ordres sont transmis d’oreille à oreille. On organise le service, les uns pour les patrouilles, les autres comme sentinelles, car la nuit personne ne dort depuis le grand chef jusqu’au simple soldat. Une fois que l’on est casé, les premières heures passent souvent dans le calme. Chacun arrange la tranchée, la consolide se préserve du froid et de la pluie. 
La tranchée par elle même est une rigole creusée à hauteur de la poitrine, large de 50 cm à 1 m. Avec la terre que l’on retire, on fait un parapet devant soi aussi épais qu’il est possible pour empêcher les balles de passer ; chaque homme creuse ce que l’on appelle un créneau, sorte de couloir pour pouvoir tirer et distinguer devant soi. De place en place, il y a des postes d’observation réservés aux gradés d’ou l’on voit sans être vu. Une fois ces tranchées creusées, on les aménage : on creuse en arrière un couloir pour les cabinets, et, en arrière, encore une vaste chambre beaucoup plus profonde où les hommes peuvent se reposer . Le jour, cette chambre est couverte de bois de toutes sortes, de cailloux et par dessus de la terre sur un mètre. A l’intérieur, on y met de la paille et les hommes se couchent sans se déshabiller. Il y fait chaud par n’importe quel temps. La nuit, la surveillance est très vive. Les sentinelles se trouvent à 25 mètres en avant et sont quelquefois aux prises avec les patrouilles. De là, des coups sont échangés. Le canon ne se fait entendre qu’à la tombée du jour ou au petit jour, mais rarement en pleine nuit. Chaque homme a sa place qu’il garde durant l’occupation , c’est-à-dire pendant quatres jours. Là, il s’arrange une case pour se mettre à l’abri des obus ou des intempéries. Quelquefois, pendant le jour, les hommes causent entre eux, mais la vie en général est très monotone."


Pour lire la suite du carnet de Paul Chevalier sur les tranchées, à Courcy, c'est ici.

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