Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
Comment consulter cette page ? Vous pouvez lire progressivement les messages, qui ne respectent pas un ordre chronologique (ils évoquent, par exemple, l'année 1915 ou 1914). Vous pouvez aussi avoir envie de vous attarder sur une année ou un secteur géographique : pour cela, cliquez dans la colonne à gauche dans la rubrique "Pages d'histoire du 36e" sur la période et le lieu qui vous intéressent. Tous les messages seront alors rassemblés pour vous selon l'ordre de publication.
Comment rentrer en contact ? Pour de plus amples renseignements sur ce site, ou me faire parvenir une copie de vos documents, vos souvenirs ou remarques, écrivez-moi. Mon adresse : jerome.verroust@gmail.com. Je vous souhaite une agréable lecture.

Avertissement : Si pour une raison quelconque, un ayant-droit d'une des personnes référencées sur ce site désire le retrait de la (les) photo(s) et des informations qui l'accompagnent, qu'il me contacte.

22 oct. 2007

Dans l'antre du cabot patate


Légende accompagnant cette photo dans l'album de Fernand Le Bailly : "Cuistots" (dans les bois de Beaumarais lors de l'hiver 15, NDLR).

"En général, les cuisiniers vivent par petits groupes, et rien n'est plus intéressant que de visiter l'un de leurs nids. On peut, du reste, approcher sans crainte : l'animal grogne quelquefois, mais il n'est ni méchant, ni venimeux.
"Figurez-vous une sorte de hutte faite de matériaux les plus divers : branchages, troncs d'arbres, pierres, plaques de tôle, de zinc, etc., le tout noyé dans une fumée abondante et noire : c'est la cuisine. Là-dedans, autour des brasiers allumés, s'agitent quelques formes vagues qui semblent travailler à d'étranges besognes, sous la haute direction de leur chef, le caporal d'ordinaire (en français : cabot patate). On se croirait réellement dans l'antre d'un alchimiste ou d'un sorcier du Moyen Age. Ici, des cuisiniers sont occupés à peler sommairement des tubercules et des racines qu'ils jettent ensuite pêle-mêle dans des récipients de forme extraordinaire ; plus loin, d'autres dépècent, à coups de hache et de coutelas, d'énormes quartiers de viande ; d'autres encore, dans un coin, sont en train de verser, sur une passoire, je ne sais quel philtre noirâtre et d'odeur aromatique.
"Continuons à observer. Au bout d'un certain temps, la mystérieuse besogne des cuisiniers semble terminée : cuits dans l'eau, les tubercules et les racines sont devenues la jaffe ; la viande, convenablement rôtie, s'est transformée en barbaque ou bidoche, et le liquide noir et parfumé s'appelle maintenant : le jus.
Chaque soir, à la nuit tombante, les cuisiniers vont porter à leurs congénères, les Poilus des tranchées, les produits de leurs travaux, car ces diverses choses, jaffe, barbaque et jus, jointes à d'autres denrées apportées par les miaules, tels que les boules de brichton et le vin ou pinard, forment la principale nourriture des Poilus. (…)
"Un dernier trait achèvera de caractériser l'animal qui fait l'objet de cette étude ; c'est sa grande capacité. Doué d'un gosier très en pente (plus de 45°) et d'un estomac remarquablement spongieux, le cuisinier absorbe avec facilité d'énormes quantités de pinard. Le remplir est, pour ainsi dire, impossible et l'on se perd en conjectures pour savoir où tout ce liquide peut passer. Mais qui sait ? Semblable peut-être au fameux tonneau des Danaïdes, qui nous dit que le cuisinier n'a pas un trou au fond ?"
(Journal des tranchées Le diable au cor, n° 8 – 27 juin 1915).

Aucun commentaire:

Publier un commentaire