Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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22 nov. 2009

Le cas étrange de l'adjudant Houette

Service historique de la défense, fort de Vincennes, Paris. Dans le chuintement des appareils photos numériques et le frémissement des vieux papiers, d'étranges récits émergent quelquefois des brumes du passé. Quelques fragments assemblés, à la manière d'un puzzle, racontent l'étonnante histoire des deux frères Houette, natifs de Caen, partis à la guerre dans les rangs du 36e RI.
L'un des deux frangins, Louis, est adjudant. Son histoire, pour le peu que nous connaissons, démarre lors d'une patrouille dans la plaine de Courcy à l'automne 1914. Dans la nuit du 15 au 16 novembre, le sous-officier, accompagné du lieutenant Le Rasle, et de quelques soldats s'avancent avec témérité vers une tranchée occupée par des allemands. Coups de feu, fuite, l'adjudant Houette est laissé en arrière. Dans la Journal de marche et d'opération du 36e régiment d'infanterie, il est noté ce même jour : "15 novembre. Pendant la nuit l'adjudant Houette part en reconnaissance est blessé par un feu de salve et reste aux mains de l'ennemi."

Deux mois plus tard, une bien étrange lettre arrive au régiment. Rédigée par l'épouse de Houette, elle est adressée au frère du disparu. Son contenu est rapporté dans un compte rendu que le lieutenant Le Rasle adresse à son chef de bataillon.

"11 janvier - Compte rendu, 7ème compagnie
Le sergent Houette a reçu de sa belle sœur le 17 décembre la copie d'une lettre que lui avait adressé un officier prussien. Voici la copie textuelle qui n'est pas une traduction.

Près de Reims, 16-11-14
Madame, j'ai le triste devoir de vous renvoyer selon son dernier désir, le portefeuille de votre mari, de l'adjudant Houette, Louis, qui est mort comme un héros il y a quelques jours. Il s'approcha avec quinze soldats de notre ligne croyant peut-être que notre fossée fut quittée par nos troupes. Il s'élança tout debout en plein aire d'une distance de 75 mètres et fut tué sur le champ par nos balles. J'admire comme soldat sa bravoure et je lui rends tous les honneurs dans ma qualité de camarade. Son corps est resté sur la place où il est tombé et je crois que vos compatriotes l'aient enlevé. Permettez-moi, Madame, de vous consoler de grand coeur en vue du sort cruel qui vous a frappé. Avec l'expression de ma haute considération.
A Von Wolff.
Capitaine prussien.

Au verso de son compte-rendu, Le Rasle poursuit :
"Cette lettre renferme plusieurs contradictions. La famille Houette a fait demander des explications par la Croix-Rouge de Genève, mais n'a encore aucune réponse.
Le Rasle"

Plus bas sur la même feuille, on lit un commentaire du chef de bataillon Voisin ajouté après lecture :
"Cette lettre, étant donné les contradictions me paraît sans valeur (je ne l'avais pas lue). 1° Houette est tombé dans la tranchée allemande. 2°Comment les Allemands auraient-ils pu avoir l'adresse de Houette. Si Houette n'était pas tombé en leur possession... Et son portefeuille ? Le Chef de bataillon, R. Voisin"

Louis Houette est-il mort lors de cette patrouille ? Est-il retenu prisonnier ? Son épouse s'est sans doute précipité sur "Le Moniteur du Calvados", le 3 juin 1915, lorsque le journal a repris les premières listes de prisonniers français publiées par la "Gazette des Ardennes". Et puis la fin de la guerre est venue... Et Louis Houette n'est pas revenu. Par un jugement rendu le 20 décembre 1921, il a finalement été déclaré "Mort pour la France".

(Photo : la plaque commémorative de l'église Saint-Sauveur, à Caen, mentionne le nom de Louis Houette – surligné. Merci à Christophe Delasalle de sa photo, et à son travail sur Memorial Genweb)


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