Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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24 mars 2008

Ô douces nuits...

(Photo : première ligne dans les bois de Beaumarais. En arrière-plan, le village de Craonne. Légende rédigée par Fernand Le Bailly dans son album : "Le plateau de Craonne : photo qui a failli me faire tuer pour la prendre. Les Boches occupent toutes les maisons. De mon petit poste avancé, nos fils de fer barbelés, 6 mois d'affreux souvenirs. Quand je regarde cette photo, avec mes chers camarades, je revois le potager, à 150 m à droite" - où Le Bailly fera une patrouille le 24 avril 1915)


Le 24 décembre 1914, le 36e régiment d'infanterie poursuit son installation dans les bois de Beaumarais. Pour cette veille de Noël, le 1er bataillon cantonne dans le petit village de Chaudardes. Le grand manteau forestier est divisé entre le 2e bataillon (à l'est) et le 3e bataillon (à l'ouest). Comment se déroule la nuit du réveillon pour les hommes en première ligne ? Les rapports de patrouilles, conservés au fort de Vincennes, nous renseignent légèrement plus sur les principaux "faits de guerre" rapportés dans le journal de marche et d'opération de l'unité.
D'humeur combative, le colonel Bernard, commandant du régiment, ne cesse de fulminer contre l'artillerie lourde qui ne répond pas à ses demandes lorsqu'un objectif est désigné. Ce soir-là, les "artiflots" ne répondent pas une nouvelle fois à ses sollicitations, car la liaison téléphonique est supprimée, et ce, "pour être tranquille (...). Il est impossible de faire quelque chose d'utile dans de pareilles conditions" ! Pour Voisin, chef du 2e bataillon, la journée se passe sans fait notable. Des travaux sur les défenses accessoires sont relancés afin d'augmenter leur valeur défensive. Enfin, des tirs d'artillerie sur Craonne donnent toute satisfaction : "Les coups de 155 (…) étaient excellents. Les obus tombaient en plein dans le village."
Le 3e bataillon est moins à la fête. Entre 15 et 16 h, les lisières nord sont bombardées par les Allemands à coups d'obus fusants et percutants. Le sergent Mijoule et le soldat Bernard, de la 8e compagnie, qui n'ont pas eu le temps de se protéger, sont blessés par des éclats. Vers le soir, les hommes peuvent entendre les Allemands célébrer la veille de Noël par des chants qui se succèdent toute la nuit, "avec accompagnement de flûtes et probablement de violons". A la 10e compagnie, mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, poursuit l'écriture de son carnet qui va raconter son engagement dans la bataille de la Marne. En exergue, à la pointe de son crayon, il revient sur l'en-tête et le complète : "A ma chère femme Simone, à ma Suzanne et à mon petit Jean, j’adresse ce résumé de la vie que nous avons vécue mes chers camarades de combat et moi, depuis le 2 septembre 1914. Puisse ce résumé leur faire bien comprendre surtout que mon intention, en l’écrivant, n’a qu’un seul et unique but : glorifier avec eux le souvenir de ceux qui, hélas, sont tombés autour de moi pour la belle et grande Cause !" A quelques mètres de lui, le capitaine Lucien, commandant la compagnie, poursuit son long rapport sur l'organisation du mont Hermel. La petite hauteur, située au nord des bois de Beaumarais, est bouleversée en tous sens par les combats qui s'y sont déroulés les semaines précédentes. Il faut reprendre et réorganiser le mamelon et, surtout, enlever les cadavres que l'on trouve en tout lieu : "Le moindre coup de pioche y met à nu un cadavre à peine recouvert, tantôt français, tantôt allemand."
Les patrouilles s'enchaînent toute la nuit. Avec le gel, les approches dans les marais au nord du bois sont rendues plus difficiles : le bruit des souliers sur une glace entremêlée d'herbes fait un bruit qui s'entend de très loin. L'adjudant Costantini, à la 9e compagnie, part avec 1 sergent et 10 hommes surveiller un enclos avec un potager à l'intérieur. Il perçoit des chants accompagnés d'accordéons. Plus chanceuse, à une patrouille de la 7e compagnie échoit un poste creusé dans une meule de paille. Ont-ils vent des événements qui se déroulent au 2e étranger, placé à gauche du régiment, vers Craonnelle ? D'après un rapport de Bernard, commandant du 36e, le soir du 24 décembre, "les Anglais du régiment seraient sortis de leurs tranchées en chantant leur hymne national. Les Allemands ont ouvert le feu et répondu par l'hymne allemand".

En guise de conclusion.
Un an plus tard, le 24 décembre 1915, à Cappy (Somme) où est stationné le 36e RI depuis le 10 décembre 1915, un message téléphoné, signé du général, Mangin, parvient au colonel Viennot, commandant de la brigade, avec copie au chef de l'artillerie divisionnaire. Il est rédigé ainsi : "Demain matin NOËL, bonne garde silencieuse aux tranchées de première ligne. L'artillerie de tout calibre prête à ouvrir le feu sur les groupes allemands s'ils tentent de sortir avec ou sans armes, puis prendre comme objectif les tranchées d'où sortirait la manifestation. (...)"

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