Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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14 janv. 2009

L'attaque des passe-murailles

(Ci-contre : symboliquement, le monument aux morts
de Neuville-Saint-Vaast est aujourd'hui face à la mairie et
l'ex-Grande Rue, baptisée désormais rue du Canada)

Terminons le récit des combats du 1er juin, à Neuville-Saint-Vaast, par le récit "officiel" de la 11e compagnie. L'unité attaque à 17h30 parallèlement à la Grande Rue (voir ce plan), barrée par de nombreuses barricades aux mains des Allemands. Son objectif comprend deux séries de maisons sensiblement parallèles, reliées entre elles par des murs qui les coupent perpendiculairement, constituant autant d'obstacles à franchir. Pour progresser, la compagnie creuse des ouvertures dans chacun de ces murs, et avance d'une cour à l'autre. Voici le récit de ces combats, tel qu'on peut le lire dans les rapports conservés au Service historique de la Défense, au château de Vincennes.

"Il faut, dans chacun des murs, pratiquer une brèche à la pioche. Ce travail est exécuté par les pionniers. À chaque mur, la compagnie reçoit une bordée de grenades à main qui font des trous dans les rangs, mais on ne se laisse pas arrêter ; on remplace les travailleurs, les murailles cèdent et la section de tête se précipite successivement dans chaque cour. Les postes allemands s'enfuient, laissant entre nos mains leurs dépouilles : sac, fusil, casques, grenades, cartouches, etc. A 19 h 30, toutes les maisons à l'ouest de la grande rue jusqu'à la première ruelle (aujourd'hui rue Verte) sont à nous. Ce premier succès nous a déjà coûté un certain nombre de pertes parmi lesquelles la 11e compagnie a déploré celle du capitaine Roy, commandant la compagnie, mortellement blessé à l'instant où il s'avançait vers son lieutenant pour lui offrir à boire."

Pauvre capitaine Roy... Cet Auvergnat, à la fine moustache et à la discrète lavallière sur l'unique photo de son dossier militaire, issu de la promotion du Centenaire d'Iéna à Saint-Maixent (1906-1907), avait pourtant traversé toutes les épreuves de ce début de guerre... Ses yeux bleus translucides ont-ils cillé à Charleroi où, chef de la 2e section de mitrailleuses, il avait fait tirer sans discontinuer à 50 m des Allemands, pour les empêcher de déboucher d'une lisière de bois ? Blessé à Guise, il avait été promu capitaine au mois de septembre dernier sur son lit d'hôpital et avait fini par retrouver le 36e régiment d'infanterie, le 23 octobre, dans la grande plaine glacée de Courcy.

"Signalons la conduite remarquable du soldat Aubril, l'ordonnance du capitaine Roy, qui ne l'avait pas quitté de tout le combat et pour assurer à son officier de prompt secours, le charge sur ses épaules, le porte au poste de secours et revient ensuite reprendre sa place au combat.
Cependant, la 11e compagnie organise défensivement la position conquise. Les maisons sont prises de feux de flanc qui nous occasionnent beaucoup de pertes, mais on travaille opiniâtrement au moyen de sac à terre et de moellons on arrive à fortifier les maisons. Le plus difficile reste à faire. La ruelle (rue Verte) qu'il faut franchir pour aborder les maisons qui font partie groupe de la maison d'école qui sont de l'autre côté, est fermé à gauche par une barricade sur laquelle est venu s'arrêter l'offensive de la compagnie de gauche (la 9e compagnie : lire ce récit). L'ennemi défend âprement cette barricade ; aussi toute la ruelle est-elle battue par des feux d'enfilade. Les premiers hommes qui franchissent la ruelle sont frappés. Qu'importe. Une section s'élance jusqu'au mur des maisons. Un premier groupe escalade le mur à demi démoli d'un petit préau qui constitue la gauche du groupe de maisons. Il est accueilli par une fusillade intense partie des maisons qui bordent, en face, la cour d'école. Beaucoup d'hommes tombent, on les remplace et c'est pierre par pierre que s'élève une muraille qui obstrue les ouvertures du préau. Il faut dire ici les traits d'héroïsme des sergents Rault et Martin qui dirigent en mettant eux-mêmes la main au travail, l'organisation de la position. Ils se trouvent exposés à la fusillade, mais encore au feu des grenades à main et aux bombardements. Un obus de 150 tombe sur le poste ; presque tous les hommes sont hors de combat ; le sergent Martin fait transporter les blessés et se contente de faire dire au commandant de compagnie : "Nous ne sommes plus que quatre ; envoyez du renfort." Avec les hommes qui lui sont envoyés, le sergent Martin continuera à tenir la position jusqu'à la dernière extrémité. Dans la maison de droite, les pionniers sous les balles ont fait une brèche et avec l'aide du génie, malgré la fusillade d'en face, on organise la maison, dans la cave de laquelle les Allemands ont encore abandonné armes et bagages. Entre-temps, la compagnie de gauche se fait tuer magnifiquement à la barricade pour laisser le temps au génie de la retourner et de la fortifier. Malheureusement, la nuit est venue et l'ennemi, des maisons qu'il occupe encore de l'autre côté de la ruelle, contre-attaque avec violence à coups de grenades à main ; les pertes françaises sont considérables ; tous les officiers de la compagnie et une compagnie de renfort (du 129e régiment d'infanterie) sont blessés ou tués. Les fractions qui restent sont obligées de reprendre de meilleures positions en arrière. La 11e compagnie est également violemment assaillie par un bombardement de grenades à main (les grenades font exploser des munitions placées près d'un canon de 77), sa gauche étant à découvert par suite du retrait de la compagnie voisine est tenu de repasser la ruelle et se maintient sur le premier groupe de maisons qu'elle organise défensivement." (Merci à Victor Comettant pour son image ci-dessus, Photo DR)

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