Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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11 nov. 2008

L'invité du 36e : "Souvenir de 1918", de Maurice Genevoix

Pour évoquer la journée du 11 novembre 1918 et l'émotion qu'elle suscite encore aujourd'hui, un texte de l'écrivain Maurice Genevoix en 1953, dans "L'Almanach du combattant". Puissent le sacrifice de ses hommes et le sens de celui-ci ne jamais être oublié... - un texte à découvrir en intégralité (avec des scories...), sur le site du Mémorial de Verdun, à cette adresse. (Photo : les deux lignes qui annoncent l'armistice, le 11 novembre 1918, dans le Journal de marche et d'opérations du 36e RI)

"Trente-quatre ans ! Pour nous, jeunes hommes de 1914, si nous devions priser le poids humain de notre vie à la mesure de ces trente-quatre années, comment ne serions-nous pas tentés de conclure, amèrement, à la faillite de notre génération ? Peut-être le verdict du proche avenir tranchera-t-il, en ce qui nous concerne, dans ce sens. Vieillis maintenant, n'avons-nous pas eu à subir, de la part de nos fils mêmes (pas de tous, et heureusement) l'épreuve d'un jugement si sommaire, et si injuste ? Car il se peut aussi qu'un avenir plus lointain, moins « engagé » dans nos épreuves, en appelle d'une telle condamnation. Les historiens savent bien que les révolutions humaines sont lentes, et que les périodes mêmes où l'Histoire semble ^s'accélérera ne laissent pas de réclamer des délais considérables au regard de nos brèves existences individuelles. Les événements qu'elle retient, pour les fixer dans son « airain durable », ne prennent que peu à peu leur visage d'éternité. Plus que le jugement des contemporains, ce sont les événements ultérieurs qui les éclairent, les situent, leur prêtent leur signification profonde leur stature définitive. Avant de retrouver la pente de ces pensées sévères, je veux d'abord laisser parler mes souvenirs.
Lorsque sonnèrent les cloches de l'armistice, je n’étais plus parmi mes camarades du front. Grand blessé, mutilé, j'avais quitté depuis la veille, pour un congé de quelques jours, un Paris très anodinement bombardé, où j'avais continué de servir selon mes forces diminuées. Et je me trouvais ce jour-là, à cette heure-là, dans une campagne paisible, en une Solitude absolue, au bord d'un fleuve glissant et pur : cette Loire dont j'avais tant rêvé, au front, en des jours où j'avais accepté de ne plus jamais la revoir.

C'était une splendide journée d'arrière automne, doucement ensoleillée. L'air bleu, l'eau bleue caressaient la rousseur des feuillages et leurs reflets dans le courant. Quel calme ! Quelle sérénité ! Les vols de cloches planaient dans un immense silence, d'une limpidité divine. Mon coeur d'homme et de soldat, gonflé d'émotions bouleversantes, n'en sentait que mieux cette paix, ce sourire de la saison, cette glissante splendeur, éternelle. Les souvenirs montaient, affluaient. Je songeais au surgeon de vie qui bouillonnait dans nos veines, là-haut, chaque fois qu'au soir d'un combat nous nous laissions gagner par l'ivresse ardente de survivre. Cette fois, cette dernière fois, c'en était à jamais fini : le dernier « cessez le feu » avait vraiment sonné la fin de la dernière bataille. Désormais les hommes de mon pays, - ni les autres, n'épuiseraient plus trop vite, comme au fil d'un sursis précaire, la joie de se sentir vivants (...)
"

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