Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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16 juin 2010

Marmites et fourchettes

Selon sa citation, le futur capitaine Eugène-Victor Girard
(qui s'illustrera à Neuville-Saint-Vaast en juin 1915)
"a par quatre fois repoussé à la baïonnette, en tête de sa
compagnie, les 16 et 17 septembre,
de violentes attaques allemandes
" devant les bois de Soulains.

Après la charge du 16 septembre, les Allemands tentent, dans la nuit, une nouvelle attaque à partir des bois de Soulains, qui est également repoussée par les soldats du 36e régiment d'infanterie. Au petit jour du 17, un troisième assaut se voit refoulé, puis deux autres à 12h00 et à 16h00. Chaque combat se répète inlassablement : les soldats de Guillaume sortent du bois en courant (parfois aux cris de "cessez-le-feu" ou "France que j'aime", selon le commandant du régiment) sous la protection de leur artillerie et se précipitent vers le talus du chemin de fer, aux mains des Normands, pour essayer de s'en emparer. Puis après un combat souvent à la baïonnette, les Allemands, n'ayant pu se rendre maître du remblai, refluent vers les bois pour y trouver une relative protection. Les Normands sont alors dans l'incapacité de les pourchasser, car dès qu'ils se lancent à leur poursuite ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes placées en enfilade.
Si le combat rapproché à la baïonnette, "à la fourchette", caractérise ces journées d'engagement, c'est surtout la violence de ces journées et l'expérience du feu qui marquent les combattants. Fernand Le Bailly, soldat au 36e, après avoir rejoint son régiment, témoignera de cette sauvagerie dans son récit sur la bataille de la Marne : "Durant cette nouvelle journée de combat – la quatrième -, je vis défiler certes, au moins 600 blessés. Les uns soutenant leur bras à moitié déchiqueté ou n'ayant plus de figure humaine ou bien, s'aidant de leur fusil comme béquille, se traînaient péniblement dans la direction du canal pour bien souvent, hélas, attraper une nouvelle balle ou éclat d'obus qui les clouait sur place. J'ai vu une section entière : 52 hommes qui, voulant traverser la voie, anéantie littéralement en 4 secondes par le feu d'une mitrailleuse qui nous tirait dessus à 200 m - 3 hommes seuls revinrent à côté de nous, au talus. Les autres, tués ou blessés restèrent sur la voie. J'ai vu là, les braves qui, avec un pied coupé ou deux balles dans le corps… courir sans crier ou bien, se coucher, le long d'une haie et attendre la mort en ne demandant qu'une chose : «A boire» ou s'écrier «Maman» , «Ma femme» ou, très souvent encore «Vive la France»."
Pour certains, qui n'ont pas connu Charleroi, ce fut la première expérience des bombardements, entre autres des terribles "marmites". Le soldat Auguste Cômes, natif de Mannevillette, grièvement blessé ce jour-là, racontera bien des années plus tard en quelques mots l'horreur absurde de ces moments : "Dès la blessure ressentie, je dis à mon copain juste à côté de moi: «Guette ma jambe»... Pas de réponse… Le copain avait eu la tête emportée… Il était décapité." Touché par un éclat d'obus à la jambe gauche et à la main droite, le soldat Cômes sera emmené sur une civière hors du champ de bataille, puis momentanément abandonné sur place par les brancardiers à cause des tirs allemands. Secouru de nouveau, il sera amené sur le parvis de la cathédrale de Reims, où, selon son récit, les blessés étaient "triés" en fonction de la nature et de la gravité de leurs blessures. Ils seront ainsi des dizaines à être acheminés à Reims, à dix kilomètres de là, et soignés sous les bombardements dans des structures sanitaires improvisés, sur des matelas, des paillasses, des canapés ou sur de la paille : à l'hôpital auxiliaire (HA) n°101, dans l'Ecole professionnelle de filles, 23, rue de l'université, où sera pansé Jules Champin et où mourra, parmi tant d'autres, Henri Osmont, originaire de Trouville ; à l'HA n°47, dans l'usine Sainte-Marie, rue Boudet, où décèdera Emile Aze, natif de Ryes ; à l'HA n° 59, dans la clinique Lardennois, 21, rue de Savoye, où Aimé Lemullois, né dans le petit village de Bazenville (à 5 km de Ryes…), rendra son dernier souffle…
Selon le commandant Bernard, qui rédigera un rapport le 21 septembre sur cet engagement, les pertes du régiment sur ces cinq journées seront, hormis le 2e bataillon, enfermé au château de Brimont, de 750 hommes. Sur cette même période, pour les trois départements de la Basse-Normandie, 89 soldats du 36e RI sont déclarés "morts pour la France" sur le site Mémoire des Hommes. Dix-neuf possèdent une sépulture dans une nécropole militaire : à Reims (7), Sillery (5), Sommepy-Tahure (4), Suippes (2) et Soupir (1).

Merci à Laurent Langlet pour le témoignage de son arrière-grand-père.

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