Pourquoi ce blog et comment le lire ?

Cette page, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, est un hommage rendu aux hommes du 36e régiment d'infanterie que mon arrière-grand-père, Fernand Le Bailly, a côtoyés, parfois photographiés pendant la Première Guerre mondiale. Elle souhaite conserver et transmettre leur souvenir. Elle est conçue à partir de témoignages, d'écrits et d'archives personnels qui m'ont été envoyés, en partie par des descendants de soldats du 36e. Elle est aussi un prétexte pour aller à la rencontre d'"invités" – historiens, passionnés de la Grande Guerre, élus, écrivains... – qui nous font redécouvrir aujourd'hui ce titanesque conflit. Elle est enfin un argument pour découvrir tous les prolongements de ce gigantesque conflit dans le monde d'aujourd'hui.
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12 mars 2012

Verbatim martial

Ci-contre et ci-dessous : trois images tirées de l'adaptation cinématographique des Croix de bois, de Raymond Bernard (1931), qui reconstitue l'attaque du village de Neuville-Saint-Vaast. Selon Laurent Véray, dans son livre La Grande Guerre au cinéma, le tournage du film fut effectué sur le champ de bataille lui-même, en Champagne, aux abords du fort de la Pompelle, où le sol était resté comme en 1918. Les séquences dans le village furent réalisées dans un décor, reconstitué par le directeur artistique Jean Perrier.

Dans la production testimoniale autour du 36e régiment d'infanterie et son rôle à Neuville-Saint-Vaast, certains documents peuvent être lus avec circonspection. Tel le long rapport baptisé Extraits de quelques récits vécus des combats de Neuville-Saint-Vaast. Le document jauni, long de 19 pages, aujourd'hui conservé sous la cote 24N83 au Service historique de la défense, à Vincennes, rassemble, par compagnie, un certain nombre de témoignages des trois régiments de la 5e division d'infanterie, dont quelques-uns du régiment de Basse-Normandie (dont nous avons déjà donné des extraits ici et ). Signé par le général de division Charles Mangin, il  rassemble ce qu'a dénoncé, en son temps, l'écrivain Jean-Norton Cru dans son essai Témoins (1929) : "Optimisme irraisonné sur nos troupes et nos armes ; calomnie du courage de l'ennemi et rabaissement de sa force ; formes de style fausses et exagérées empruntées à la presse , qui dénaturent les faits et les sentiments du front ; mots pompeux et creux qu'on croirait réservé au chauvinisme de l'arrière". Il n'empêche qu'entre les lignes, on peut y retrouver un certain nombre d'informations sur les conditions des combats en juin dans le petit village d'Artois.

Tous les préparatifs de combats insistent ainsi sur la difficulté de leur mise en oeuvre. "Nous partons prendre nos positions sous un bombardement terrible, de plus l'eau commence à tomber, elle est accueillie d'abord avec joie, car elle rafraîchit, mais tout de suite elle devient gênante à l'excès dans les boyaux qu'il nous faut traverser, nous avons peine à avancer, nous marchons dans un dédale de sapes dont le fond par la pluie a été transformé en véritable cloaque." En outre, "le ravitaillement devient de plus en plus difficile en raison de la position avancée" et "les hommes meurent de soif".
A quelques heures de l'assaut, le dispositif se met en place. "C'est le lendemain matin que devait avoir lieu l'attaque générale (...) et le jour levant trouva les mitrailleurs occupés au minutieux nettoyage de leurs pièces. On poussa même les précautions jusqu'à enrouler les affûts et les pièces dans des toiles de tente afin que les observateurs ennemis ne puissent repérer les emplacements que les mitrailleurs allaient occuper dans leurs futures positions." Au réglage savant (l'attaque du 5 juin racontée par le 7e Cie du 129e RI "fut exécutée par vagues successives, 5 vagues de 60 hommes") succède une ruée incontrôlée, avec un mot d'ordre : "Pas de formation savante". Et pour cause : à certains endroits, les lignes se touchent pratiquement. ("En débouchant de la parallèle de départ, la première vague devait se précipiter sur une barricade construite en sacs de terre et située à 30 mètres de la parallèle".)
Les officiers s'élancent avec leurs hommes : "Le lieutenant (...) organise son attaque en faisant placer lui-même des sacs à terre en escalier pour permettre aux hommes de sortir plus promptement. (...) Puis il gravit le talus et sort de la tranchée le sabre haut : les hommes le suivent et disparaissent dans un nuage de fumée." L'usage demeure le même d'une unité à l'autre : "A 8h30 les compagnies étaient prêtes baïonnettes au canon, grenades à la main, et quand les officiers crièrent : "En avant" d'un coup de main, les parapets de sacs étaient renversés et tout le monde s'élançait vers les lignes ennemies." Invariablement, "la plupart sont fauchés, l'un d'eux revient le visage ensanglanté et tombe inanimé dans la tranchée. (...) Le lieutenant reste encore debout avec deux ou trois hommes, il marche droit vers la tranchée allemande, il la voit pleine de Boches, il décharge son revolver sur eux et excite ses hommes à jeter des bombes et des grenades." Puis, "quelques soldats sautent dans la tranchée et commencent le nettoyage à coups de grenades". "On se porte en avant (...) : vivement la compagnie progresse dans les boyaux, sautant par-dessus les barrages pour aller plus vite. En un moment toute la ligne a avancé, dépassant l'objectif donné. Vivement on s'installe, on fait des créneaux en vue d'une contre-attaque." 
La "musique des grenadiers" dans les Croix de Bois.
Outre les tranchées, dans les rues de Neuville-Saint-Vaast, les soldats doivent franchir des barricades. Avant l'assaut démarre "la musique des grenadiers : les grenadiers sont debout sur la brèche, ils lancent leurs produits avec dextérité, mais trouvant le fourbi gênant, au diable tout l'équipement... les cartouchières... le bidon... et certains d'entre eux se présentent en bras de chemise, manches retroussées jusqu'aux coudes." Puis les attaques par "vagues" du 5 juin se succèdent. Après la première vague,  "la 2e vague arrive alors à la rescousse et franchit la barricade (...) puis les 3e, 4e et 5e vagues, chacune tentant de dépasser l'autre. L'élan des hommes est tel (...), le dédale des cours, des sapes, des maisons est si compliqué que les vagues ne tardent pas à se disloquer et que l'action de chefs devient difficile à se faire sentir. (...) Bien que tous les soldats connaissent le but à atteindre, chacun d'entre eux s'emploie (...) à coopérer à l'action d'ensemble. Là un soldat prend le commandement de ses camarades et les fait fouiller une maison, là un sous-officier fait construire une barricade pour empêcher le retour offensif, etc." Le nettoyage peut alors commencer. "Au mur mitoyen avec les Allemands, et tout de suite à travers les créneaux et par-dessus les murs, elle commença à les harceler de grenades et de coups de fusils, visant tous ceux qu'on apercevait par les fentes des portes ou les fenêtres. Puis à l'aide de bombes incendiaires, on mit le feu à la charpente. Le lieutenant qui la commande, répartit ses hommes dans les maisons les plus proches et fait fouiller les caves, d'où partent les coups de feu. C'est alors, dans l'intérieur des maisons, la lutte au corps à corps, les grenades se lancent en pleine poitrine, les coups de feu partent à bout portant, les hommes ouvrent leur couteau et s'en servent." Quelquefois, le piège se referme sur les quelques soldats qui sont passés : "Quelques Boches à plat ventre, faisant les morts, nous laissent passer puis nous tirent dessus à bout portant." Pendant que certains font le coup de feu, d'autres entassent rapidement pierres, sacs, etc. dans le but d'édifier une barricade. "Elle fut vite terminée et tous alors se donnèrent le plaisir de descendre encore quelques Boches dont les corps servirent à finir leurs barricades car ils manquaient de matériaux." Puis la progression reprend...


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