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24 mai 2012
Fauché en août : Auguste Bouleis (1862-1914)
Merci à Olivier Gaget pour sa photo.
26 mars 2011
Mangin, arrêt sur images
| Le troc des photos sur le champ de bataille Les soldats s'échangeaient souvent les tirages photographiques à partir d'un même négatif. Dans l'album du général Mangin (ici à gauche), on retrouve ainsi un cliché identique en tous points à celui de l'album de Fernand Le Bailly (à droite). Mais les légendes ne sont pas les mêmes. Mangin : "2 heures après être sortis de Neuville, lieutenant Kahn, sous-lieutenant de Viefville, sergent Le Bailly." Le Bailly : "En revenant de la «fête» de Neuville. Sous-lieutenant Kahn, sous-lieutenant de Viefville, sergent Le Bailly." |
5 sept. 2010
Paul Chevalier, nuits et cafard
Paul, Henri, Emile Chevalier naît le 5 septembre 1885. Il démarre son service militaire le 5 octobre 1908 et reçoit, au 156e régiment d'infanterie, caserné à Toul, le certificat d'aptitude à l'emploi de chef de section dans la réserve, ce qui lui permet d'avoir le grade d'adjudant au début de la guerre. Rappelé le 30 juillet 1914 à la caserne située 7, place des Batignolles, à Paris, dans le 17e arrondissement, il est affecté au 36e régiment d'infanterie de Caen, où il effectue une grande partie de la guerre.
Il est promu sous-lieutenant de réserve à titre temporaire pour la durée de la guerre le 7 octobre 1915, alors que le régiment se trouve dans la Somme. Cette même année, son frère Henri (le 23 septembre 1915) est tué à la main de Massiges. Pendant la guerre, Paul reçoit la médaille militaire et deux citations à l'ordre de l'armée et du corps d'armée, lors de l'offensive du 25 septembre 1915, en Artois, et lors de l'attaque de Douaumont, le 22 mai 1916. En première ligne, il est blessé le 13 juillet 1917 près d'Urvillers (Aisne) en recevant des éclats de grenade au bras gauche et dans le rein. Puis il quittera le régiment pour être nommé lieutenant au 508e régiment de chars de combat.
Après guerre Paul Chevalier travaille au comptoir d'escompte de Paris, et suit des périodes de formation comme officier de réserve. Il est élevé au grade de chevalier de la légion d'honneur en 1923, et sera nommé capitaine six ans plus tard pour être rayé des cadres de la réserve le 6 décembre 1934. Son petit-fils, qui demeure à Strasbourg, nous a fait parvenir plusieurs documents écrits de la main de Paul. Il s'agit de feuillets écrits au crayon de bois, à peine lisibles, de lettres, et de coupures de presse de l'époque où le 36e RI est évoqué. Ces papiers sont complétées de photos, prises vraisemblablement dans les bois de Beaumarais, à Verdun, et en mars 1916.
S'il fallait trouver un registre au manuscrit de Paul Chevalier, ce serait celui de la douleur. Immergé dans cette tuerie, le jeune homme de 29 ans en 1914, exempt de tout esprit revanchard, souffre de sa situation et de celle de ses camarades. Mais il sait être aussi un étonnant narrateur lorsqu'il rapporte les relèves effectuées en pleine nuit et le sombre quotidien du "poilu" dans la tranchée de première ligne.
La guerre du soldat Paul Chevalier (36e RI)
(A suivre...)
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30 avr. 2009
Le flâneur du 36e : quand le régiment allait au muguet

"Le printemps est venu, et «nos bois» deviennent superbes : on va à la cote 120 cueillir le muguet, pourchassés parfois par les obus, mais les fleurs n’en auront que plus de prix aux yeux des parents, de l’épouse, de la fiancée ; au repos à Chaudardes, Concevreux, on se baigne dans l’Aisne, on pêche les truites du Ployon et, faut-il le dire, on chasse parfois dans les bois environnants." (Historique du 36e régiment d'infanterie, Impr. de A. Le Boyteux , Caen, 1903). Photos : le muguet pointe encore aujourd'hui dans les bois de Beaumarais à la cote 120 (à gauche) et à la Caillette, près de Verdun.
8 déc. 2007
Les très riches heures de Jean Hugo
Légende : Jean Hugo, Autoportrait (détail), Luxeuil, 1918 (crayon noir, page de carnet).
Des quelques témoignages que l'on peut trouver sur le 36e régiment d'infanterie pendant la Première Guerre mondiale, le plus singulier est sans nul doute celui de Jean Hugo. Né en 1894, arrière-petit-fils de Victor, l'artiste a connu en France une gloire discrète pour son travail, que de trop rares rétrospectives viennent éclairer.
Mobilisé le 4 septembre 1914, Jean Hugo rejoint le 36e RI au bois de Beaumarais, lors de l'hiver 1915. Blessé à Neuville-Saint-Vaast en juin, il est soigné à Saint-Malo et retrouve le régiment quatre mois après, décimé après les combats d'Artois. Il suit l'unité sur la Somme et à Verdun, où il est nommé sous-lieutenant. Mais les mutineries de 1917 provoquent chez lui "humiliation et dégoût". A contrecœur, il fait jouer ses relations familiales et se fait muter, en Lorraine, au quartier général de la 1re division américaine. Ce qui ne l'empêche pas de se comporter de manière héroïque, notamment lors de l'offensive de Cantigny en mai 1918, où il reçoit la Distinguished Service Cross. Il est démobilisé en septembre 1919.
C'est au cours de ce conflit que naît la vocation de Jean Hugo. En 1914, le jeune homme n'a en effet aucune formation picturale, mais il a visité les Salons et les galeries. Son style, dans ses premiers croquis, emprunte au mouvement cubiste : dans des paysages sans hommes, les ruines se découpent en formes anguleuses ; les murs s'écroulent en moellons rectangulaires et les arbres mutilés adoptent des formes cylindriques. Avec la fin de la guerre, les dessins se simplifient. Hugo dessine des scènes simples, naïves, aux formes géométriques, dans des petits formats.
Mais l'artiste nous a laissé bien d'autres "vignettes" de cette guerre, notamment au travers de son recueil de souvenirs Le Regard de la Mémoire. Publié en 1984, quelques mois avant sa disparition, ce livre restitue un demi-siècle de la vie de Jean Hugo. La période de la guerre s'étend sur une centaine de pages et intéresse directement le 36e. On y suit le régiment des bois de Beaumarais jusqu'à sa proscription dans l'Aisne, après les mutineries de 1917. Le ton, empreint de fausse légèreté, d'innocence, voire d'insouciance, peut surprendre : l'auteur ne cède jamais à l'accablement, voire à l'apitoiement ; les événements sont rapportés de manière tragi-comique, parfois elliptique. Ils sont surtout retranscrits de manière picturale : on ne lit pas des scènes, on découvre des images... Devant Neuville-saint-Vaast, le champ de bataille apparaît à l'auteur comme une "vaste abîme de nuit bleue où flambaient des incendies, où se croisaient des comètes multicolores." A Corbie, dans la Somme, "l'église noire brillait sous la pluie. La fenêtre d'un tea room était allumée. Les uniformes ocre jaune des soldats anglais passaient devant les murs de brique sombre." Le texte progresse ainsi, à la manière d'une succession d'instantanés où flamboient des taches de couleurs.
De Jean Hugo, Cocteau a dit : "Il a mêlé son calme presque monstrueux au tumulte des entreprises de notre jeunesse. II était, il reste l'image même de cette modestie parfaite des enlumineurs, chez qui la vérité quotidienne l'emporte sur les grâces décoratives. Sa main puissante, son gros oeil jupitérien, son olympisme en quelque sorte, n'usent pas de foudres, mais de petites gouaches si vastes qu'on dirait que leur taille résulte d'un simple phénomène de perspective." On l'aura compris : les "petites gouaches" de Jean Hugo n'ont pas fini d'éclairer ce blog de leur chatoiement.



